Kinshasa : la Regideso décime les poissons de la rivière Lukaya

Alors que diverses organisations ont des yeux rivés sur le parc de Virunga, dans la Nord-Kivu, les poissons de la rivière Lukaya, située dans la commune de Mont Ngafula, à Kinshasa, sont systématiquement exterminés par la Regideso. Cela, de façon périodique, à l’occasion de l’entretien de ses installations hydrauliques desservant une grande partie des abonnés dans la capitale congolaise. D’où le besoin pressant de sauver l’écosystème partant de la ville capitale.

Les poissons de la rivière Lukunga sont en voie de disparition. C’est le moins que l’on puisse dire après avoir observé un spectacle désolant au quartier Kimwenza/Gare, dans la commune de Mont Ngafula. Dans ce coin précis, la compagnie en charge de la distribution d’eau, la Regideso y a construit des installations en vue du traitement d’eau destinée à ses abonnés. Hélas, à chaque fois que le jour d’entretien arrive, ce sont des poissons, intoxiqués, qui en font les frais. Un véritable danger environnemental.

Malheur des uns, bonheur des autres

Cependant, le malheur des uns fait toujours le bonheur, hélas éphémère, des autres. Les villageois descendent sur les lieux pour pêcher, sa foi ni loi, dans les normes de la loi du moindre effort. Filets et nasses en mains, ils mettent la main sur tout animal aquatique, proie de leur prédilection.

« Ces poissons constituent pour nous une grande ressource. Je viens d’attraper deux poissons électriques, ici appelés ninas ; et vu leur taille, j’en vendrai à au moins cent dollars la pièce. Cela, sans compter les autres espèces que voici. J’aurai donc de l’argent et de la nourriture pour ma maison », dit Matthieu, large sourire aux lèvres, avant de lancer : « merci à la Regideso ! C’est grâce à elle que nous avons de quoi pourvoir à certains besoins qui nous accablent ».

Pour sa part, une dame, une trentaine révolue, nasse à la main, descend la rivière périlleuse sans trop de précautions. « C’est ma première fois de me livrer à cet exercice. C’est pour cela que j’ai failli me noyer dans cette rivière.

Je suis nouvellement installée dans ce quartier et chaque fois que la Regideso entretient ses installations, c’est du poisson qui nous est acquis. Je viens me lancer aussi dans cette affaire aujourd’hui. J’ai laissé de côté mes travaux champêtres et crois franchement mieux gagner ».

Pour un passant, à bord de sa 4 X 4, chimiste à l’en croire, c’est dangereux de s’approvisionner en ce poisson ce circonstance. « Je ne peux pas acheter vos poissons, malgré le prix intéressant que vous me proposez », réplique-t-il à un pêcheur qui lui propose le marché.

D’abord le goût est corrompu par les produits utilisés par la Regideso. Il s’agit essentiellement du chlore et du sel de l’acide sulfurique (le sulfate). Vous avez hâte à faire de l’argent sans savoir les conséquences qui retombent sur les consommateurs », renchérit-il, étonné de voir les pêcheurs de circonstance se livrer à cœur joie à leur besogne malgré le risque que les uns et les autres encourent.

Un étudiant de l’Université de Kinshasa trouvé sur les lieux, épris de la conservation de la nature certes, analyse et déplore cette situation. « Je ne sais pas ce qui se passe exactement dans mon pays. Si à Kinshasa les choses sont telles quelles, qu’en est-il de l’intérieur du pays ? La Rdc est réputée riche en écosystème. Nous avons la plus grande forêt, d’ailleurs la deuxième du monde après l’Amazonie. La biodiversité est une grande richesse,… mais c’est comme si l’on jetait des perles à la poubelle.

Pourtant nous avons tout un ministère, avec l’ICCN,… que font-ils exactement ? Il faut faire respecter la loi et exiger à la Regideso de trouver d’autres méthodes pour ne pas polluer l’eau en aval, exposant plusieurs vies au danger », a-t-il dit, visiblement déconcerté.

Selon plusieurs sources concordantes, les poissons ainsi pêchés ont un arrière-goût proche du pétrole. La chimie en dirait mieux des conséquences. Mais la question que les uns et les autres sont en droit de se poser, comme qui proposerait une alternative, est celle de savoir pourquoi la Regideso recourt-elle toujours et partout à cette méthode exterminatrice au moment du traitement d’eau, une eau jugée bien traitée dans ses installations mais corrompue au robinet du consommateur ? En tout cas, il sied de réfléchir encore une fois pour sauver tout au moins le peu qui résiste encore dans cet environnement très convoité.

MB/ L’Avenir

 

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